Je te remercie de tout coeur pour tes conseils qui m'ont permis de commencer mes vacances en beauté. J'avais tellement besoin de repos que j'attendais ces vacances au Yunnan avec impatience. Voilà des semaines déjà que je trépignais et racontais à tout le monde: d'abord je retrouve mon chéri à Shanghai, puis on vole pour Kunming et on descend au Xishuangbanna, histoire de trouver un peu de chaleur et de se reposer du froid glacial qui est descendu sur Pékin ces derniers temps.

Mais tu nous as donné l'idée merveilleuse de faire un léger détour par Yuanyang, dans le Sud du Yunnan, pour admirer les rizières en terrasses, avant de rejoindre Jinghong. Sur ta recommandation, nous avons donc quitté Kunming le plus rapidement possible après notre arrivée, c'est à dire le soir même. Nous avons pris un bus couchette et passé la nuit dans les sinueuses routes de montagne pour nous retrouver au petit matin dans ce village d'altitude. Quel bonheur!

Le bus fut déjà une occasion formidable de socialiser avec des habitants de la région. Ils ont commencé par nous vendre des billets pour un bus qui n'existait pas. Mais qu'à cela ne tienne, le chauffeur responsable du départ précédent nous a dégagé deux magnifiques couchettes, juste derrière lui, dans un bus qui pourtant était censé être plein, histoire de ne pas se retrouver avec deux "laowai" (étrangers) à gérer toute la soirée à la gare routière. Evidemment comme nous sommes très délicats, nous avons évité tout contact avec les couvertures fournies, qui sentaient très fort les pieds des passagers précédents. A en juger par nos voisins de couchette, cela ne nous disait rien qui vaille. Mais le bus s'est tout de même frayé un chemin tout au long de la nuit jusqu'à Yuanyang.

yuanyang_villeAu petit matin, ouvrant un oeil, je me suis rendue compte que nous étions arrivés à bon port, en dormant la tête bien enfouie dans la couverture, et les pieds posés sur la tête du chauffeur. Mais on nous laisse dormir encore un peu, rien ne presse. Un coup d'oeil par la fenêtre: on ne voit rien. Tout blanc, un brouillard impénétrable. Il fait froid, pour nous qui étions habillés pour les 20 degrés du Xishuangbanna. Ici c'est plutot 5 a 10. Mais surtout, on ne voit rien. Même sortis du bus, on ne voit pas à vingt mètres. Et, bien sur, on prend la mauvaise direction pour se rendre en ville, laquelle n'est pourtant qu'à cent mètres. Il nous a donc fallu deux heures pour trouver la place principale, qui devait être à 300 m de la gare routière à tout casser. Mais heureusement que tu as pu nous guider un peu par téléphone. Manque de pot, on n'est pas arrivés par l'arrêt de bus que tu croyais, mais par l'autre, à l'opposé de la ville.

Après avoir erré sans trop comprendre où nous étions jusqu'à midi, le brouillard s'est enfin levé. Nous avons alors compris que nous étions en haut d'une montagne, ce qui expliquait peut-être pourquoi il faisait un peu froid. Et nous avons pu commencer à négocier la promenade de l'après-midi avec un chauffeur qui avait tout l'air d'être le caïd du coin. Et, franchement, les rizières en terrasses à cet endroit-là, elles sont époustouflantes. Chaque rayon de soleil changeant crée des reflets dans les terrasses inondées, et avec le clapotis permanent de l'eau qui coule le long de la montagne sculptée, c'est juste beau. Très, très beau. Un peu comme dans les magazines.

yuanyang_rizieresEt puis la fenêtre se referme, les nuages redescendent, et il fait de nouveau froid, gris, humide. Reste plus qu'à rentrer à l'hôtel, manger trois brochettes de tofu dans la rue, prendre une bonne douche tiède et attendre le bus du lendemain.

Comme tu nous l'avais recommandé, nous n'avons pas pris le bus de nuit (déjà donné) qui fait le trajet direct Yuanyang-Jinghong. A vrai dire, comme tu m'avais dit qu'il serait galère, je n'ai même pas vérifié s'il existait. Mais nous avons pris, tout sûrs de nous, le bus qui redescendait dans la vallee sur Gejiu, dans la direction opposée, dans l'espoir de trouver des bus qui prennent la route rapide. Quelle bonne idée! A vrai dire j'aurais dû jeter un coup d'oeil à mon plan quand même...

Le bus pour Gejiu part quand il est plein, c'est à dire 1 h après que nous soyons montés dedans. Pendant ce temps les autres passagers tuent le temps en crachant toutes leurs épluchures de cacahouètes par terre. Ou alors ils fument et écrasent leurs mégots sur le plancher. Mais on finit par décoller, tant bien que mal. A Gejiu (2h de bus plus tard) on m'annonce qu'il n'y a pas de direct pour Jinghong. Il faut changer à Shiping. C'est un peu bête, Shiping était a 27 km de Yuanyang, on aurait peut-être pu y aller directement. Mais bon, nous voila partis dix minutes plus tard pour quatre heures de bus, direction Shiping. C'est une route de qualité tout à fait moyenne en fait, je commence à me demander si c'est vraiment mieux que la route de montagne que nous avons voulu éviter...

On finit donc par arriver à Shiping et là, coup de chance, un bus part dix minutes plus tard pour Jinghong. C'est le bus couchette, là bas, au fond de la gare routière. Il part à 15h30 et arrivera demain matin entre 4 et 5h. Pas d'autre solution. Ouh. Ben dis donc, ça valait le coup de redescendre dans la vallée. On monte dedans. Cette fois nous avons l'immense privilège de partager les 5 places du fond du bus, qui sont collées ensemble, avec trois messieurs. On marche sur les bagages des autres passagers pour atteindre le fond du bus. Ce sont des matériaux de construction et autres joyeusetés, et puis de toute facon leurs propriétaires ont déjà craché dessus. En fait on a d'abord roulé pendant 3h sur des petites routes de montagne en lacets pour atteindre la voie rapide. Pendant un moment on s'est même demandés s'ils ne reprenaient pas la route de Yuanyang, ce qui aurait été un comble. En fait à ce moment-là je me pose sérieusement des questions, et me demande si mon chéri ne va pas décider de rentrer directement à la capitale, à force que je lui dise "mais si, à la prochaine c'est bon"... Mais non, il me suit! Et au moment où on commence vraiment à désespérer, là, au milieu de la montagne, on a vu arriver un péage et d'un coup c'était la route. Et zou, c'est parti pour quelques heures de rodéo sur la voie rapide. Au final, on a du passer près de 20h dans des bus, l'itinéraire bis était peut-être pas si intéressant finalement.

yuanyang_bus_couchetteMerci en tous cas, T.,  de ton conseil, c'était super. Vu que cette ville n'est pas dans mon guide Lonely Planet, j'aurais pu la rater... Mais au fait, elle est dans le Routard, non? Je ne te remercierai jamais assez de m'avoir conseillé la dernière version en anglais du Lonely, qui est forcément la plus complète entre toutes. Grâce à toi, et avec le concours de nos amis les Chinois, les vacances, c'est la détente!

Photos: JCQ