Pékinoscope

La Chine vue de la France, et l'inverse.

09 octobre 2008

Et après, tu fais quoi? (soupir...)

Hier, c'était mon pot de départ dans ma boîte. Mon contrat de thèse se termine, eh oui trois ans déjà. Mais évidemment ma thèse n'est pas encore (complètement) écrite. Il va me falloir encore six mois. J'espère.
Mais c'est déjà l'occasion pour me demander "alors la suite, c'est quoi?"; "tu continues dans la recherche, l'enseignement?" etc... Vu que le monde de la recherche ne semble pas au mieux de sa forme en ce moment, j'ai décidé d'aller voir ailleurs au moins pour un temps. Et là ça devient très nébuleux pour les gens. "Mais, tu vas chercher dans quoi au juste?", ce qui est une autre façon de dire: "tu sais faire des trucs, toi?". Les gens ne ratent pas une occasion de mettre les pieds dans le plat: "sans expérience professionnelle, il faudra pas être trop exigeante", et mieux: "en-dehors de la Chine, c'est vrai que je ne vois pas ce que tu pourrais faire". Ces deux dernières phrases sont celles d'un pote DRH avec qui je discutais ce week-end.
Parce que faire de la recherche, au fond, c'est être étudiant, éternellement. Pour tout le monde, je suis un grand Tanguy. Toujours dans le giron parental, à me cacher dans mes bouquins, c'est plus rassurant. Ce qui fait que mes compétences pratiques les plus significatives consistent essentiellement à parler chinois. Le reste n'est que verbiage et masturbation intellectuelle, un signe profond d'immaturité.
Je résume donc. Après un diplôme de science politique extrêmement généraliste (option info-com), j'aurais pu me diriger vers tout un tas de jobs, qui vont du journalisme au marketing en passant par la finance, la diplomatie ou l'humanitaire ou même officier dans l'armée (à en juger par le CV de mes camarades de classe). Mais non: moi, j'ai décidé de faire un master de recherche, en science politique, avec une application sur l'Asie. C'est là que j'ai dérapé. La spécialisation, ça vous tue. J'ai donc enchaîné sur une thèse (encore de science politique), et comble de l'erreur stratégique, j'ai choisi de développer ma thèse sur la Chine. A partir de là, je ne sais plus rien faire d'autre que des choses chinoises. De toute évidence, ma thèse a conduit à une réduction de mes compétences: elles ne sont plus valables que pour un pays et un seul, et en plus celui-ci est frappé du sceau de la différence, donc rien de tout cela n'est valable ici. C'est bien la peine.
Et puis, bon. Revenons au point principal: je n'ai pas d'expérience professionnelle. C'est quand même ça, le plus grand handicap. Je résume donc (à nouveau). Depuis trois ans, j'ai d'abord été responsable d'un projet de recherche: le mien, projet lourd, de long terme, avec un budget, des livrables sous la forme de publications, des partenaires (d'autres doctorants), des conseillers (plein de chercheurs seniors), des déplacements à l'étranger qu'il faut savoir choisir stratégiquement. Ca c'est pour la partie individuelle. Sinon j'ai aussi organisé trois conférences, dont deux pour le compte d'une grande entreprise, ce qui impliquait de coordonner une équipe de quatre à cinq personnes (sans compter les intervenants), de gérer un budget assez conséquent, de prendre en compte des impératifs de communication, de coacher des stagiaires, de faire du networking, choisir le menu du buffet, faire entrer un programme académique dans une stratégie "corporate", le tout en réussissant à intéresser des professeurs renommés, des entrepreneurs surbookés, et des ingénieurs allumés. Tout ça sans jamais qu'on m'en ait donné officiellement l'autorité. Je ne suis que doctorante. Mais "sans toi, je ne sais pas ce qu'on aurait fait"(sic). Ah j'oubliais que je programme un numéro spécial de revue, ce qui suppose un gros boulot d'édition. Mais à part ça, je ne sais rien faire. De là à imaginer que l'on puisse me confier des responsabilités, ça fait frissonner n'importe quel DRH. Brr.
Faites des thèses, qu'y disaient. Encouragez-moi, je vais à l'ANPE la semaine prochaine, histoire de leur expliquer que j'ai une thèse à finir. Tranquillement. Manquerait plus que ça que je me mette à bosser.

P.S. Il y a même des gens qui en font des chansons:


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Posté par pekinoscope à 11:04 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

tu remarqueras que je ne pose aucune de ces questions. :)

Posté par akabrownsugar, 11 octobre 2008 à 17:58

Une thèse, c'est aussi...

Une thèse, c'est aussi, un niveau d'étude, une expérience particulière, une spécialisation qui te permet de dire, que tu peux te spécialiser dans n'importe quel domaine de compétence...
Allez, courage, on est de tout coeur avec toi !
Tu es une battante, tu seras t'affirmer dans ce monde professionnel !

Posté par Hélène, 13 octobre 2008 à 19:17

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