Pékinoscope

La Chine vue de la France, et l'inverse.

29 octobre 2008

Education et innovation

Un article du Monde a attiré mon attention vers les discours de rentrée de l'Institut de France ce mardi 28 octobre. On y parlait beaucoup de l'une de mes marottes: l'éducation en Chine et en Asie. On y a dit tout haut ce que je pense tout bas: ce qui se passe en Chine en termes d'éducation n'est pas indifférent à ce qui se passe chez nous.
Nous savions déjà que le classement des universités établi par l'université de Shanghai mettait les établissements français en situation d'être évalués sur des critères qui comptent pour les Chinois. D'où l'importance de comprendre ces critères, et de savoir sur quelles valeurs ils sont fondés.
Un discours en particulier approfondit cette question, c'est celui de M. Franciscus Verellen. Il montre que le secteur universitaire en Asie est entré dans la mondialisation et que ses priorités sont désormais définies par la volonté de devenir des nations innovantes et dynamiques. D'ailleurs des efforts incroyables sont déployés pour moderniser le fonctionnement de l'enseignement supérieur et de la recherche. Rien de critiquable de ce point de vue.
Voici un paragraphe qui a particulièrement retenu mon attention:
"La libéralisation conduit certains établissements d’enseignement supérieur à privilégier les secteurs «porteurs» et à délaisser les sciences humaines. On passe, en Chine comme ailleurs, d’un système qui conçoit l’éducation comme prescriptrice d’un comportement social, valable dans une enceinte nationale, à un système qui envisage l’éducation essentiellement sous l'angle de l’instruction et de l’apprentissage des savoirs dans un cadre mondialisé."
Ça veut dire quoi exactement? En gros, qu'en Asie, on se défait d'une éducation qui devait former des sujets moralement obéissants, et qu'on peut donc affecter toutes les ressources dans la formation de bons techniciens, qui contribueront avec efficacité à faire avancer plus vite le pays sur la voie du développement. On pourrait se réjouir du fait que les sciences et techniques surpassent la formation morale et idéologique. Mais d'après moi, on jette le bébé avec l'eau du bain. Avec le délaissement des sciences humaines, c'est l'esprit critique qui passe à la trappe au nom de l'efficacité économique. Et on se retrouve toujours avec des sujets obéissants, mais qui en plus ne se posent plus de questions morales.
Est-ce que vraiment nous voulons entrer dans une compétition fondée sur ces principes? Toutes les réformes de l'éducation qui ont lieu actuellement semblent montrer que notre gouvernement a pris cette voie.
Heureusement, Mme Jacqueline de Romilly prend la défense d'une autre conception de l'éducation dans son discours. Je cite: "Naturellement, enseignement intellectuel et formation morale ne vont jamais tout à fait l'un sans l'autre. Mais il se trouve que, depuis quelques décennies, une sorte de divorce semble être intervenue entre ces deux orientations ; et il s'est ainsi ouvert une crise qui me paraît grave". Elle défend ensuite la littérature et l'histoire, qui "apportent une aide considérable dans la vie pratique, et [qui] présentent une valeur exceptionnelle pour ce développement d'ordre moral".
Enfin quelqu'un qui nous rappelle que nous sommes des citoyens et non des machines.

Posté par pekinoscope à 12:38 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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