S'expatrier à trois, c'est pas tout à fait la même chose que s'expatrier tout seul. Le papa et moi, on a pourtant vraiment l'habitude des départs au bout du monde. Mais alors là, on s'est vraiment aventurés en terrain inconnu.

D'abord il y a les valises. On avait l'habitude de stocker les cartons chez les parents et de fourrer tout l'essentiel dans une valise. C'est à dire en gros une brosse à dents, deux tenues de rechange, un saucisson et une bonne bouteille, et pour le reste on voit sur place. Cette fois-ci, je venais juste d'investir dans un super canapé-lit. Et puis on avait aussi récupéré un transat de bébé. Et puis des cartons de vêtements de bébé. Dommage de tout laisser de côté. Alors on envoie. Et puis bon, ben tant qu'à faire, on n'a qu'à remplir le container avec le reste de nos affaires. Résultat des courses: 23 m3 sur un bateau. Et avec nous dans l'avion, l'essentiel de chez l'essentiel pour tenir jusqu'à l'arrivée de tout ce barda: un tapis de jeux, dix peluches, trois petits livres, plein de vêtements taille trois mois, plein de vêtements taille six mois (et aurait-il fallu prendre aussi la taille au-dessus? c'est qu'il faut tenir huit semaines, bigre!), une énorme trousse à pharmacie, un sac de couches, des bidons de lait en poudre, et puis finalement, deux brosses à dents, deux tenues de rechange, un saucisson et une bonne bouteille. Le strict minimum, quoi.

Ensuite il y a le point de chute à destination. Avant, c'était généralement trois nuits dans une auberge de jeunesse et puis on avise. Un petit tour sur les sites de petites annonces, trois coups de fil, deux visites, et hop! on atterrit dans une colocation toute meublée. A trois, on commence par passer une demi-journée à faire le comparatif des hôtels meublés pour y passer le premier mois. Pas trop loin du bureau? Pas trop petit? Y a-t-il une baignoire? Peut-on louer un lit de bébé? J'en passe. Puis, de là, cinq semaines à faire une étude de marché approfondie des différents quartiers possibles. Quel est le ratio surface-prix (comprendre: mon bébé aura-t-il sa chambre)? Le niveau de bruit (mon bébé va-t-il dormir)? Le temps de trajet (serai-je rentrée du bureau avant qu'il ne dorme)? Trouve-t-on du lait en poudre dans un rayon de 300 mètres? Et les médecins? Et les taxis? Le crash-test ultime: la promenade en poussette. Quartiers trop pentus, slalom au milieu des gros bus, grosses tours bétonnées à perte de vue: exclu. Reste pas grand chose, avec ces exigences-là, à Hong Kong.

Et puis il y a l'alimentation. Avant, je mangeais local sans problème et avec fierté. A moi la soupe de boeuf aux hormones parfumée à la coriandre probablement transgénique, à sept heures du matin à la descente du train. Aujourd'hui, mon premier réflexe est de chercher si on trouve des marques de lait européennes au supermarché, du liniment au rayon bébé, de vrais légumes bio sur les étals et aussi, tant qu'on y est, une boulangerie à proximité.

Bref, en quelques semaines, je suis passée de la back-packeuse aguerrie et fière de s'adapter en un clin d'oeil aux coutumes locales, à la mère de famille flippée prévoyante, qui part avec sa maison sur son dos. Ça promet.