En quête d'une nounou.

Bien sûr, Hong Kong est rempli d'agences qui recrutent des employées de maison directement dans leur pays d'origine, les forment, et les mettent en contact avec des employeurs. Mais ces agences tendent à prélever des frais indécents, par exemple sur le coût de la formation ou sur les frais de visa. La manière dont ces agences traitent les employées est, à mon avis, indigne, vis-à-vis des helpers comme de leurs employeurs: qui peut, par exemple, s'enorgueillir d'employer quelqu'un à qui on a fait signer un contrat en blanc, comme je l'ai vu? Et puis, il n'est pas rassurant de s'engager pour deux ans auprès d'une personne qu'on n'a pas rencontrée, et qui n'a jamais mis les pieds à Hong Kong.

Donc, nous avons opté pour la stratégie du bouche à oreille. Toutes les familles du voisinage ont une helper. Toutes les helper connaissent quelqu'un qui cherche du boulot. Et la communauté des helpers de Muiwo, en termes de diffusion de l'information, c'est plus fort que Twitter. Mon conjoint a emmené le bébé jouer au "playgroup" du lundi matin, où pratiquement toutes les nounous emmènent  les petits. Le jour même, tout le village avait entendu parler de nous. Dans la rue, on s'est mis à nous interpeler: "c'est vous qui cherchez quelqu'un?". Au bout de dix jours, nous avions les coordonnées d'une dizaine de candidates potentielles, à qui nous avons donné rendez-vous un dimanche, leur jour de congé, par des échanges de SMS clandestins (beaucoup d'employeurs chinois interdisent l'usage du téléphone portable).

Nous voilà donc, un peu penauds, au milieu de notre salle de séjour gigantesque et nue, meublée d'une table et de quatre chaises, à interviewer des candidates. Lesquelles ont bravé trente minutes de bateau et quinze minutes de marche sur des chemins non carrossables, pour venir à notre rencontre. Je ne vous dis pas l'angoisse, pour celles qui avaient rendez-vous après le coucher du soleil.

C'est ainsi que nous avons rencontré Carolina, qui n'a pu nous dépanner que pendant deux semaines, parce qu'elle avait déjà signé avec une autre famille, et qui nous a annoncé un soir qu'elle ne serait pas là le lendemain matin: ayant signé son contrat en blanc, elle ne connaissait pas la date de début, et dès l'obtention de son visa, ses nouveaux employeurs ont exigé qu'elle soit chez eux dans l'heure.

Il y a aussi eu Mélanie, qui a tout de suite demandé quel était notre régime alimentaire. La famille où elle travaillait lui avait imposé de manger ce qu'elle cuisinait pour eux, au lieu de lui donner l'allocation prévue pour la nourriture. C'est une alternative prévue par la loi. Mais elle ne supportait pas leur régime alimentaire, exclusivement cuit à la vapeur, et elle avait déjà perdu plusieurs kilos.

Quant à Laura, elle approchait les soixante-dix ans. Elle avait déjà travaillé pour des familles francophones, mais ses employeurs avaient quitté Hong Kong. Son fils travaillait aussi à Hong Kong et lui avait signé un contrat, qui lui garantissait un visa sans problème. Mais elle avait besoin d'argent. Ne trouvant pas d'employeur, elle est finalement partie via une agence au Kazakhstan.

Il y avait aussi Alba, qui était employée par un couple dont la femme était philippine. Elle entretenait de très mauvaises relations avec elle et souhaitait changer d'employeur.

Et finalement nous avons décidé d'embaucher LA nounou, qui fait ce métier depuis 6 ans, à Singapour et à Hong Kong. Elle a l'air d'avoir la tête sur les épaules, elle arrive à l'heure (et non avec une heure d'avance), elle écrit des SMS qui ont du sens, et surtout, elle est franche et directe, au lieu de nous dire ce qu'on a envie d'entendre. Et en plus, c'est une proche de la voisine. On se dit qu'elles pourront s'entraider s'il y a un problème avec les enfants. Dans le voisinage, on bosse en équipe.

Bref, après une demi-heure d'entrevue, on a signé un contrat pour deux ans. Puis elle est partie aux Philippines pour faire valider son visa. Les dés étaient jetés. On s'est quand même demandés un instant si on était sûrs qu'elle reviendrait bien après Noël comme promis.