Pékinoscope

05 octobre 2014

Sur ce qui se passe au coin de la rue...

Voilà une petite dizaine d'années que mon métier consiste à scruter la Chine sous toutes ses coutures, à en suivre les plus grandes tendances sociales et les plus petits soubresauts politiques. J'y ai vécu et voyagé. J'ai beaucoup écrit sur ce pays. Mais j'ai rarement ressenti d'une manière aussi personnelle et avec autant d'émotions les évènements qui s'y déroulent, que depuis un an que je me trouve à Hong Kong avec ma famille.

Cette année j'ai partagé mon temps entre l'analyse de l'actualité chinoise et les promenades en poussette, entre les conférences universitaires et les petits pots bio. Le télescopage permanent des deux univers m'a sans doute fait passer à côté de pas mal de choses, mais il m'a aussi ouvert les yeux sur la dimension la plus humaine des évènements que j'avais sous les yeux.

Au cours de cette année le gouvernement de Xi Jinping à Pékin n'a eu de cesse de montrer un pouvoir fort et intransigeant, en conjonction avec une campagne anti-corruption massive, qui n'est autre qu'une reprise en main du pouvoir par l'équipe restreinte autour du président. Celle-ci se traduit par des arrestations à tous les niveaux de l'administration chinoise, et par des consignes de "sobriété" dans les dépenses d'apparat des fonctionnaires, qui pèsent sur les perspectives de ventes des boutiques de luxe hongkongaises. En parallèle de cette campagne anti-corruption, le pouvoir chinois a mis un point d'honneur à affirmer son statut de grande puissance et a resserré encore son emprise sur de nombreux pans de la société. Les conflits territoriaux ont été ravivés. La censure d'Internet s'est accentuée. Et surtout, de nombreux dissidents ont été arrêtés.

Malheureusement, tout cela n'est pas entièrement nouveau. Cette tendance est claire depuis 2008, année des Jeux Olympiques de Pékin. Mais cette année, j'ai été particulièrement sensible à l'injustice et aux drames personnels qu'engendre l'obsession du pouvoir chinois pour la stabilité politique et le maintien d'une façade "harmonieuse".

En janvier, l'universitaire Xu Zhiyong, fondateur du mouvement des nouveaux citoyens, et connu notamment pour ses actions en faveur de l'éducation des enfants en zones rurales, a été condamné à quatre ans de prison. Quelques jours plus tard naissait sa fille. Le courrier où son épouse lui raconte la détresse de donner naissance à un enfant, seule et avec un père emprisonné, est simplement bouleversant.

Il y a à peine deux semaines, Ilham Tohti, un professeur d'université qui militait pour faire mieux connaître le peuple Ouighour en Chine, a été condamné à la prison à vie et à la confiscation de tous ses biens, pour "séparatisme". En voulant améliorer la compréhension entre les peuples de Chine, son crime était sans doute d'avoir mis un "s" à peuples. Ilham, emprisonné au Xinjiang, est donc séparé de son épouse et de ses deux plus jeunes enfants, qui restent sans ressources à Pékin. Sa fille aînée, qui devait l'accompagner aux Etats-Unis le jour de son arrestation, s'est retrouvée au loin, sans lui, pour une brutale expatriation.

Quelques jours plus tard, sans doute réagissant à cette arrestation, Zeng Jinyan, militante et épouse de Hu Jia, prix Sakharov 2008, emprisonné de 2007 à 2011 et toujours sous surveillance depuis, a publié un témoignage bouleversant sur les conséquences de cette vie sur leur famille et leur fille de six ans. Zeng Jinyan vit aujourd'hui à Hong Kong et doit accepter d'envoyer sa fille en Chine pour des visites à son père dans des lieux tenus secrets, accompagnés de policiers et sous la menace permanente d'une arrestation inopinée. Comment bricoler pour la petite une enfance heureuse dans ces conditions, et surtout comment survivre à l'angoisse de la voir livrée aux mains de ces inconnus?

A Hong Kong aussi, on a pu sentir le durcissement politique au cours de cette année. La presse est libre, mais les triades peuvent parfois se charger d'intimider les critiques. Le 26 février, Kevin Lau était sauvagement poignardé dans la rue, peu après avoir quitté le poste de rédacteur en chef du quotidien Ming Pao. Il a survécu de justesse mais restera toujours handicapé. Pour l'exemple.

Le régime ne punit pas seulement les activistes, mais aussi leur entourage et jusqu'à leurs enfants. C'est sans doute le prix le plus dur à payer. Je ne veux pas faire pleurer dans les chaumières. Mais je ressens avec une acuité particulière depuis cette année combien il peut coûter, personnellement, humainement et cruellement, de se dresser contre les intérêts du pouvoir politique en Chine.

Et c'est alors que j'étais plongée dans cet état d'esprit lugubre que s'est déclenchée une incroyable et gigantesque mobilisation pour la démocratie, sous mes yeux, à Hong Kong.

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Toute l'année, le débat a fait rage autour des modalités de la nomination du chef de l'exécutif de Hong Kong au suffrage universel, qui est promise pour 2017. Le mouvement a été déclenché fin septembre par la publication d'un document de l'Assemblée nationale populaire (Pékin, donc), qui annonçait que seuls deux ou trois candidats, validés par un comité de 1200 personnes essentiellement nommées, et qui sont largement pro-Pékin, seraient soumis au suffrage universel. (voir le schéma qui explique la nomination de l'actuel chef de l'exécutif)

IMAG0476Anticipant une telle proposition qui équivaut à vider de son sens le suffrage universel, des professeurs d'université avaient fondé l'année dernière le mouvement "Occupy Central with Love and Peace" qui menaçait d'occuper le quartier d'affaires de Hong Kong dans un mouvement de désobéissance civile. Au cours de l'année le soutien envers ce mouvement n'était pas massif. L'idée de gêner les affaires n'est pas populaire à Hong Kong, et la notion de désobéissance civile non plus dans un territoire qui se félicite de la discipline de ses citoyens (ici, on fait la queue sagement). Mais un référendum organisé par Occupy Central a surpris au début de l'été en rassemblant près de 800 000 votants (sur une population d'environ 7 millions), sans doute remontés par un "white paper" de Pékin annonçant que la souveraineté de Hong Kong était subordonnée au bon vouloir de la capitale. Mais la vraie surprise est venue cette fois du mouvement étudiant, qui a organisé une semaine de grève à partir du lundi 22 septembre pour protester contre la proposition de Pékin. Après que des étudiants ont voulu accéder au parc attenant aux bâtiments gouvernementaux le vendredi 26, et en ont été empêchés par la police, ils ont envahi les rues environnantes, bloquant ainsi de fait l'une des principales artères de l'île de Hong Kong, à Admiralty. Les choses se sont passées très vite, prenant de court la plupart des acteurs. Ainsi, les dirigeants de Occupy Central ont déclaré dans la nuit du samedi au dimanche que le mouvement avait commencé, rejoignant ainsi un mouvement qu'ils avaient inspiré mais dont ils n'ont pas eu l'initiative véritable (pour une présentation rapide des acteurs, voir ici). Rapidement, des milliers d'étudiants se sont rassemblés sur la bretelle d'autoroute qui longe le siège du gouvernement, puis dans d'autres quartiers commerçants. La police a tenté de les en chasser dans l'après-midi et la soirée du dimanche, par des moyens brutaux. En aspergeant des adolescents de gaz lacrymogènes pendant toute une soirée, chose qui n'avait pas été vue depuis 1967 à Hong Kong, elle n'a fait qu'augmenter l'indignation populaire et renforcer les troupes de manifestants. La police a finalement fait retraite et laisse le sit-in se dérouler pacifiquement. (Pour une analyse complète en français, voir ici)

IMAG0507Depuis, des milliers de jeunes gens campent jour et nuit, brandissant comme emblème les parapluies qui les ont protégés des gaz, du soleil et de la pluie. Ils sont merveilleusement organisés, disciplinés et propres. On les voit recycler leurs ordures, distribuer de la nourriture, appeler au calme à la moindre alarme, réviser leurs cours et même asperger les manifestants avec de l'eau pour les rafraîchir. Ils sont rejoints le midi par les cols blancs des bureaux environnants, et le soir par des commerçants ou salariés qui finissent leur travail. Le matin est clairsemé et endormi sous les parasols, tandis que le soir est fervent et noir de monde. Il a régné tout au long de la semaine une atmosphère joyeuse et bon enfant dans cet espace, à mesure que fleurissaient les banderoles, affichettes et post-its témoignant de la motivation de chacun. A mesure que la semaine avance, c'est devenu un lieu de pèlerinage.

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A voir ce rassemblement de jeunes gens déterminés et idéalistes on ne peut s'empêcher de penser au mouvement de Tiananmen en 1989, avec la peur, bien sûr, que le mouvement ne se termine de la même manière, dans le sang. Pourtant la situation n'a rien à voir. Les demandes ne sont pas les mêmes. Hong Kong n'est pas Pékin, et les temps ont changé. Taiwan regarde et ne se verrait pas encouragée à adopter la notion de "un pays, deux systèmes" qui qualifie le statut de Hong Kong si la répression devait prévaloir. Un massacre d'une telle ampleur est hautement improbable.

Mais les voies de sortie sont bien minces. Pékin ne cèdera jamais sur l'essentiel, surtout compte tenu de l'attitude rigide adoptée ces derniers temps, qui est jugée essentielle pour tenir tranquilles les provinces jugées instables. Les étudiants ne cèderont pas non plus. Peuvent-ils faire démissionner le chef de l'exécutif comme un fusible bien commode pour que tout le monde garde la face? Pour l'instant, c'est exclu, mais nous verrons si les positions changent. Pékin joue la montre, en espérant que la population se retournera contre les étudiants. Il est vrai que la population locale grogne de plus en plus et qu'il existe une réelle opposition au mouvement étudiant, notamment du côté des générations plus âgées. Mais les attaques apparemment coordonnées, peut-être via les triades, menées contre les étudiants ces tout derniers jours pourraient renforcer ou radicaliser le mouvement, comme la répression policière du premier jour. Le sentiment d'urgence se fait sentir à mesure que le week-end touche à son terme: il faudrait sortir de là très vite.

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Au fond, peu importe l'issue. Lundi dernier, au milieu de la foule avec un ami hongkongais, je ressentais la victoire immense que représentait cette première journée d'occupation de l'espace public. Les lieux débordaient d'émotions. Malgré les menaces et les mises en gardes, le chaos n'avait pas eu lieu. Les étudiants avaient résisté aux assauts policiers et prouvé leur détermination autant que leurs valeurs altruistes. Et ils se sont retrouvés là, le lundi matin, heureux et un peu penauds, découvrant leur existence comme génération, une génération dotée d'une culture civique et déterminée à être représentée et défendue sincèrement par des dirigeants qu'elle aura choisis. Là où leurs parents sont parfois trop effrayés par leur mémoire du 4 juin ou obnubilés par la survie matérielle, ou simplement désillusionnés (comme l'illustre cet émouvant message d'une professeure à ses étudiants), les jeunes hongkongais savent combien il est crucial que leur voix soit entendue, dans un pays où les inégalités sont au plus haut, et ils savent qu'ils seront toujours là en 2047, lorsque les cinquante ans du régime "un pays, deux système" s'achèveront et qu'ils seront livrés pour de bon au régime chinois. Les motivations des manifestants sont politiques, mais elles sont aussi personnelles, intimes. Ils se battent pour leur avenir et celui de leurs enfants.

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Les mots d'ordre Occupy Central "with love and peace" peuvent faire sourire. Mais ils sont pris très au sérieux par les participants. C'est un mai 68 pour ces étudiants, peut-être plus qu'un mai 1989. Ils se découvrent une identité politique, encore bien floue certes, mais qui est matérialisée et renforcée cent fois par la présence de tous dans la rue. Et ce n'est pas rien, car il en faut du courage pour affronter un tel pouvoir dans un tel moment. Peu importe au fond que les étudiants se retirent bientôt et quelles concessions ils auront obtenues. Ils se font, à vrai dire, très peu d'illusions sur une victoire à court terme. Mais leur principale victoire est là, dans ces émotions partagées et dans l'affirmation d'une identité trop longtemps niée au sein de cette colonie qu'est Hong Kong. C'est une nouvelle ère qui s'ouvre pour eux.

 

 

 

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19 septembre 2014

Des ordures et des jardins

La semaine dernière avait lieu la fête de la mi-automne, ou fête de la Lune. C'est un moment assez festif où les familles se rassemblent pour pique-niquer sur les plages et allumer des lampions à la tombée de la nuit. (Pour en savoir plus sur Wikipedia: c'est ici).

Le lendemain matin, sur la plage, c'était l'apocalypse. Les reliefs des pique-niques étaient restés sur place, intouchés: bouteilles, sachets de chips, lampions, bouteilles, sacs en plastique etc. Pas seulement les éléments que tel ou tel aurait oublié derrière lui. Non, l'ensemble des ordures produites au cours de la soirée traînaient sur la plage et dans l'eau. Pourtant la plage est très bien équipée de grandes poubelles. Apparemment les gens ont la conscience tranquille, parce qu'ils savent que quelqu'un passera ramasser derrière eux.

C'est un phénomène qui ne manque pas de me choquer, et comme moi beaucoup d'expatriés, à en juger par mes récentes conversations et lectures sur les réseaux sociaux. Nous avons d'un côté une population qui vilipende des Chinois du continent pour avoir laissé un enfant uriner au bord d'un trottoir, et d'un autre côté la même population n'a pas la plus petite once de conscience au sujet des ordures répandues dans l'espace public.

Dans l'espace privé non plus, en fait. Les ordures sont fréquemment déposées sur des terrains privés qui sont de facto transformés en décharge, malgré l'interdiction officielle de ce genre de décharges sauvages. Il y a plusieurs raisons à cela. Pour certains propriétaires de terrains, la présence d'objets de récupération divers et variés peut aider à prouver l'utilisation effective du terrain, et donc à garantir le droit de propriété sur ce terrain.

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De plus, la question du stockage est vraiment problématique sur l'ensemble du territoire hongkongais, et beaucoup de gens ont tendance à acheter du matériel bon marché et à le jeter sur place (pour le barbecue ou de petits travaux) plutôt que de le remporter chez soi ou dans un atelier en fait inexistant. Par exemple, les ouvriers qui ont posé ce grillage devant ma maison sont repartis en laissant tous leurs outils exactement à l'emplacement où vous les voyez sur l'image. Les propriétaires du terrain étaient plus préoccupés par l'idée que nous pourrions nous approprier le terrain en y plantant des fleurs, que par celle d'y voir rouiller des outils. De toute façon, maintenant tout a disparu sous la végétation (soupir).

De manière générale, la question de la gestion des ordures est un casse-tête à Hong Kong, et se débarraser des encombrants dans le terrain vague ou le jardin inoccupé le plus proche peut être bien moins coûteux que de rechercher une solution plus propre. Ou alors il y a simplement la flemme et l'inconscience, qui semblaient à l'oeuvre lorsqu'un employé des services de collecte des ordures a été repéré par un habitant du village en train de vider les sacs poubelle dans le fossé l'un après l'autre sur le chemin du point de collecte. Bref, c'est pas encore ça.

 

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30 août 2014

La ville verticale

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Un cliché parmi les clichés de Hong Kong: il suffit de lever les yeux pour voir ce que Hong Kong partage avec Manhattan: des tours, qui semblent d'autant plus hautes qu'elles sont étroites et s'élèvent vers le ciel comme un paquet d'allumettes.

Ce n'est pas seulement une question esthétique. A Hong Kong il faut lever les yeux pour voir les choses. Mes premières incursions dans le quartier des affaires de Central ont été un cauchemar. A chaque coin de rue, impossible de traverser la rue, de contourner tel immeuble qui me barre le passage, de rejoindre un arrêt de bus. Jusqu'à ce que je prenne le réflexe de lever les yeux, et de repérer le labyrinthe d'escalators et de coursives qui passent d'une rue à l'autre. La circulation piétonne est renvoyée au premier étage, d'un centre commercial à l'autre.

Ailleurs on circule au rez de chaussée, dans des rues animées, remplies de boutiques de tout et de rien et de fast-foods qui sentent les boulettes de poisson. Mais là non plus, on ne voit pas tout. Il faut s'attarder sur les portes étroites qui donnent accès aux étages, pour lire sur le coin du mur la liste des commerces. Aux premiers, deuxième, troisième, des restaurants. Au septième, un réparateur de violons. Au huitième, une boutique de vins fins. Au seizième, un cabinet médical. Les annuaires sont indispensables. Le bouche-à-oreille encore plus. La boutique de puériculture où j'achète presque tout pour mon fils se trouve au dixième étage. Je viens d'identifier un opticien au vingt-et-unième étage d'un immeuble tout crasseux, dont l'ascenseur ne pourrait pas prendre plus de trois personnes à la fois.

D'étage en étage, la ville s'effeuille, et à chaque fois que s'ouvrent les portes de l'ascenseur, un monde différent se laisse entrevoir, d'autant plus mystérieux que les portes se referment vite. Cela a le don de stimuler l'imagination et je ne peux m'empêcher de regarder ces dizaines d'étages empilés tout autour de moi en me demandant comben de villes parallèles se cachent là-haut, dans des étages insoupçonnés.

On peut sans doute dire de toutes les villes qu'elles ont beaucoup de facettes, et qu'on n'en découvre que quelques unes selon son style de vie. Mais à Hong Kong, la superposition de cultures, de communautés, de langues, de gastronomies, de réseaux de distribution, de marchés, qui peuvent fonctionner indépendamment les uns des autres au sein même des immeubles est simplement stupéfiante. Je reste fascinée par cet endroit.

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04 août 2014

Vol d'oiseaux

 

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Pour aller de Central à Mui Wo, il y a des bateaux lents et des bateaux rapides, qui mettent de trente à cinquante minutes. Quand on rate un bateau rapide, on prend tout de suite une heure de retard. Et quand on monte dans un bateau lent, il n'est pas rare de se faire doubler par un bateau rapide, en fin de trajet.

Ca m'est arrivé la semaine dernière en rentrant du boulot. J'ai vu mon bateau quitter le quai en me laissant là. Alors j'ai pris le suivant, qui m'a ramenée chez moi pendant que le soleil se couchait. Sur les bateaux lents, pas de clim, juste le vent de la mer. Et de grandes fenêtres pour admirer les bateaux, et surtout un espace entièrement ouvert à l'arrière du pont supérieur, avec la vue sur Hong Kong qui s'éloigne.

A mi-chemin, des dizaines d'oiseaux très jolis se sont mis dans notre sillage, en volant dans tous les sens. De temps à autre l'un d'eux plongeait dans l'eau. Puis la surface de l'eau s'est agitée, et j'ai cru qu'il pleuvait. Mais dans les derniers rayons du soleil, des milliers de poissons sautaient hors de l'eau, narguant les oiseaux à l'heure de la pêche.

Voilà, quoi.

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03 août 2014

La vie de village

Grande nouvelle: mon supermarché s'agrandit. Je viens de lire ça sur un blog local.

Dans un village d'environ cinq ou six mille habitants, où les voitures sont bannies de l'essentiel des chemins, l'approvisionnement est une question qui tient tout le monde en haleine. La plupart des enseignes de Hong Kong refusent de livrer sur l'île, ou avec un supplément et des délais importants. Du coup, on se retrouve à trimbaler tout et n'importe quoi dans le bateau, depuis les sacs de courses jusqu'aux meubles et à l'électroménager. Et puis après il faut ramener ça sur le vélo, galère.

Alors les commerces locaux ont un avantage comparatif sans pareil: ils livrent à domicile, jusqu'au bout de votre petit chemin en haut de la colline s'il le faut, les bouteilles de gaz et d'eau ou le nouveau frigo. Sur un vélo ou sur un charriot, par tous les temps. Et je vous assure que chez certains, c'est loin et ça monte. Autant dire que ce sont des magasins très courus, chez qui tout le monde se croise.

Et puis il y a les réseaux sociaux: on se retrouve dans des groupes Facebook, pour échanger les bons plans, et se revendre des trucs d'un hameau à l'autre, depuis la voiture jusqu'aux livres pour enfants en passant par les étagères. Ca vaut beaucoup mieux que d'organiser une nouvelle livraison. Maintenant on a l'impression de connaître la moitié du village rien qu'à les regarder échanger sur les réseaux sociaux. Il y a ceux qui sont toute l'année en train de vendre des trucs dérisoires parce qu'ils "vont déménager", ceux qui dévorent les documents municipaux pour nous alerter sur les projets de développement, ceux qui défrichent des chemins dans les bois et postent le plan pour que tout le monde aille se promener, ceux qui dénoncent les chauffards et ceux qui sauvent le troupeau de boeufs en liberté etc. Tout un village qui discute sur Facebook.

Enfin, ce n'est pas exactement le même village que celui qui est habité par les Hongkongais. C'est le village anglophone, cosmopolite, qui est souvent extraordinairement pratique et convivial, mais qui fait parfois beaucoup penser à Desperate Housewives. Heureusement certains participants nous font partager leur ironie toute british quand les conversations prennent un tour un peu trop futile, c'est à dire tout le temps.

En attendant je fais comme tout le monde: j'apprends par là qu'on peut connaître la qualité de l'eau des plages sur le site du Environmental Protection Department et que mon supermarché pourrait bientôt être encore mieux achalandé au goût des expats (mais j'ai pas encore vérifié). Des préoccupations qui se trouvent très haut dans mes priorités, maintenant.

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16 juin 2014

Couvertures

Eh oui à Hong Kong la plupart des gens se trimbalent en tongs. Sauf les banquiers, évidemment. Enfin, pas vraiment toute l'année en fait. Ainsi que nous l'avons découvert peu après notre installation dans une grande maison mal isolée, il y a un hiver à Hong Kong. Un hiver qui peut être long, et même rigoureux. Il arrive à l'observatoire de météorologie de Hong Kong de déclencher une alerte grand froid, quand les minimales sont en-dessous de 12°C. Et il a même neigé à Hong Kong en 2008, un évènement tellement extraordinaire que l'observatoire s'est donné la peine de faire tout un article explicatif.

Bref, trois semaines après notre arrivée à Hong Kong, l'alerte grand froid était donnée. Ce soir-là, nous avons vu notre voisin frapper à la fenêtre, bien après la nuit tombée, pour nous apporter un petit radiateur à bain d'huile à mettre dans la chambre du bébé. On était drôlement contents, et touchés. Et gelés. Parce que quand il fait quinze degrés dans la maison, même avec des couvertures, au bout d'un moment on a froid.

Et donc, juste après le frigo, le lave-linge et le four, l'un de nos premiers investissements fut d'acheter des radiateurs. Un, puis deux, puis trois, et puis en fait quatre. Et puis des déshumidificateurs, pour atténuer l'impression de froid. Et finalement, ils ont beaucoup servi, pendant presque trois mois.

Maintenant, bien sûr, ça semble presque irréel. On est en juin, il fait trente degrés de jour comme de nuit, presque 100% d'humidité, ça fait presque un mois que ça dure et on en a encore pour jusqu'au mois d'octobre. Mais on en vient à se dire: avec un tel climat, ça n'est venu à l'idée de personne de construire des maisons bien isolées, bien ventilées? Non, au lieu de ça, on a des cubes en béton avec la clim. On se croirait un peu aux US. (soupir).

Mais quand même, tout bien considéré, j'aime bien aller au bureau en tongs.

 

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Doigts de pieds

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C'est le premier pays où je vois ça. Et ça me plaît beaucoup.

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09 juin 2014

La capitale des banques... Ou pas ?

En arrivant à Hong Kong, j'ai dû changer de banque. Ou plus précisément ouvrir un compte en banque supplémentaire, en plus du français. En fait deux comptes de plus, car dans ma nouvelle banque, il me faut un compte français et un compte hongkongais pour pouvoir faire des virements entre les deux. Bienvenue dans un monde où on jongle entre les comptes et les cartes bancaires, comme dans les pubs de l'aéroport. Vous savez: "votre banque, partout dans le monde". L'archétype de la jet-set, quoi.

Là on se dit la classe, mon agence bancaire sera au 1 Queen's Road Central et elle sera dessinée par Norman Foster. C'est-y pas pour ça qu'on est venus dans la capitale de la finance, pour avoir une banque qui casse des briques?

P1030208Et puis en fait, dans la vraie vie, mon agence se trouve à proximité de mon bureau (il y en a une tous les quinze mètres, plus que des pharmacies on dirait). Elle sent la naphtaline, avec de la grosse moquette beige. Les conseillers tapent sur des machines qui ressemblent à des minitels, derrière des comptoirs qui datent de Mathusalem. Et évidemment, ils n'ont jamais accès à mon dossier et je ne reçois jamais les courriers que paraît-ils ils m'envoient.

La banque est moderne, pourtant, ils ont plein de services en ligne ultra-sécurisés. Dans la vraie vie, ça veut dire que j'ai dû mémoriser deux nouveaux numéros de carte bancaire, et pour chaque compte, deux mots de passe pour le site internet plus un mot de passe pour le petit boîtier noir fourni, qui lui-même me donne un mot de passe à chaque fois que je me connecte (si, si). Remettez ça dans un contexte où vous venez de déménager au bout du monde, dormez par intervalles de deux heures, et découvrez un nouveau boulot. Ca vous donnera un peu une idée des fous rires qui m'ont prise quand j'ai dû mettre en place cette usine à gaz. Maintenant, ça va mieux, je suis reposée et j'ai à peu près compris comment ça marche. Mais quand ma conseillère m'a récemment envoyé un document via une plate-forme sécurisée, pour laquelle il fallait que je définisse un mot de passe supplémentaire, j'ai bien rigolé. Et j'ai envoyé un bon vieil email.

Et puis surtout, ce qui m'a scotchée, c'est de découvrir qu'ici, la banque ne délivre même pas de carte bancaire de type Visa ou Mastercard. Aux Etats-Unis j'avais appris la différence entre une carte de "débit", qui fonctionne à peu près comme une carte standard en France, et une carte de "crédit", où les fonds ne sont versés qu'à la fin du mois, ou à défaut empruntés à taux très fort. Mais ici la carte fournie par défaut n'est même pas une carte de débit. C'est un genre de carte de retrait, vous savez celle qu'on donne aux ados pour qu'ils puissent puiser sur leur compte personnel où il y a cent cinquante euros pour qu'ils puissent aller au ciné. Bon, OK, j'exagère: cette carte permet de payer dans la plupart des supermarchés, qui sont reliés à un réseau régional appelé EPS. Mais on ne peut pas payer un restaurant avec par exemple, et surtout on ne peut rien acheter sur Internet. Pratique. Pour cela, il faut donc une vraie carte de crédit.

Et là, comme aux Etats-Unis, je me suis retrouvée à demander à un conseiller incrédule ce que je pouvais faire exactement, avec ma carte: payer au supermarché ? sur Internet ? A crédit ? Avec mon propre argent ? Décidément je suis encore passée pour une allumée qui ne sait même pas ce que c'est qu'une carte bancaire.

En bref je m'attendais à un truc qui me donnerait un avant-goût de la sophistication et de l'internationalisation du secteur de la finance hongkongais. Et puis en fait non. C'est parfaitement local, comme ailleurs.

 

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31 mai 2014

La vie sauvage

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Dans les premiers jours après notre arrivée dans la nouvelle maison, les voisins nous ont dit, très simplement, au détour d'une phrase, que c'était mieux de ne pas laisser la porte du séjour ouverte malgré le beau temps. Les serpents pourraient rentrer. - Ah bon, il y a des serpents? - Non, rien, c'est juste qu'on a vu un cobra passer par là la semaine dernière. Gloups. Ca, on n'en avait pas discuté avec l'agent immobilier. On avait parlé médecin, internet, routes, mais pas cobra. Là, je me suis mise à regarder d'un autre oeil les hautes herbes de part et d'autre des chemins de béton qui nous mènent à la maison. Apparemment les environs sont peuplés de pas mal d'espèces de serpents potentiellement mortels. Mais tout le monde a l'air de trouver ça tout à fait banal. On les laisse tranquilles, et puis voilà. Si vraiment un reptile bloque l'accès à la maison, on peut appeler des gens qui l'attrapent et le relâchent dans la forêt. Ah bon. Soit.

C'est que nous vivons au milieu des bêtes sauvages. L'île est aussi connue pour son troupeau de vaches qui se promène en liberté, sur la route, sur la place du village, dans les jardins particuliers. De temps en temps elles viennent picorer nos fleurs. On croise donc presque tous les jours deux ou trois taureaux, à portée de corne du vélo, mais tout est normal. Juste, se tenir tranquille, ne pas déranger.

Et puis, il y a les oiseaux aussi. Eux, bon, à ma connaissance, ils ne sont pas dangereux. Mais là où en France, on croiserait des moineaux, ici on a affaire à des oiseaux énormes. Les vaches sont presque toujours accompagnées de petites aigrettes. Et surtout, tout Hong Kong est peuplé de rapaces gigantesques (des milans, des aigles?) qui viennent pêcher dans la baie devant nous, ou faire de l'exercice sous les fenêtres de mon bureau.

Et je ne parle même pas des lézards qui se promènent dans la chambre le soir. Ou des araignées...

Décidément il me faut un bouquin sur la faune et la flore de Hong Kong.

 

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05 mai 2014

LA nounou 3/3

Bon, d'accord, on est en mai et vous ne savez toujours pas si la nounou est rentrée des Philippines... à Noël.

Il est vrai que pour nous aussi le suspense a été insoutenable. J'ai acheté un billet d'avion, et j'ai fait passer le justificatif par la cousine de notre future nounou, laquelle l'a donné à une autre personne qui se rendait dans sa ville natale. Un document contenant des données personnelles, les miennes et celles de la nounou, a donc traversé l'Asie, entre les mains de parfaits inconnus, et sans que j'aie eu l'occasion de discuter ce plan directement avec l'intéressée.

Et pourtant, le jour dit, elle est arrivée, tout naturellement, comme si tout cela était évident, et s'est bien installée chez nous.

Les premiers jours avec une employée de maison sont un peu bizarres. On est tous intimidés. On ne sait pas trop quoi se dire, ni comment. On est sensibles au moindre petit détail qui vient changer nos habitudes. Elle a tendance à raser un peu les murs. Bref, tout le monde est dans ses petits souliers.

Comme deux autres personnes ont passé quelques jours avec nous pour nous dépanner en attendant qu'elle arrive, on avait eu un aperçu du type de choc culturel qui nous attendait. On s'était donc préparés en notant tous les détails qu'il faudrait qu'on mentionne dans notre brief du premier jour, sur la base de ce qui s'est passé avec ces personnes. Dans la liste, il y avait:
- ne pas se lever à 5h30 du matin pour briquer le sol de la maison entière. Ca fait du bruit et ça nous réveille. Et c'est flippant.

- les quantités de produits d'entretien sont limitées. La bouteille de Cif ne doit pas se vider en une semaine, et surtout pas sur le canapé en cuir.

- faire le ménage dans une pièce quand nous n'y sommes pas. Pas la peine de faire la vaisselle à grand bruit pour montrer qu'on s'active.

- permettre au bébé d'avoir des moments calmes. On n'est pas obligé de l'exciter en permanence, le pauvre.

- on a le droit de sortir le soir après le travail, et aussi le dimanche, sans demander l'autorisation (!).

- à côté de l'assiette, il doit y avoir une fourchette et un couteau, et un verre, mais pas forcément de cuiller. Ca paraît bête, mais en Asie, les gens mettent une cuiller. Et pas de couteau. La plupart du temps.

Et de notre côté, il a fallu aussi qu'on s'adapte, surtout en devenant un peu plus prévisibles. Il fallait tout à coup qu'on sache à l'avance ce qu'on voulait manger, et à quelle heure, s'il y avait de la lessive à faire, des courses, et lesquelles. Il a fallu expliquer dans les moindres détails chaque élément de notre vie quotidienne, même des choses auxquelles on n'avait jamais pensé. Avoir de l'aide, ce fut un immense soulagement bien sûr, et le début d'une vie de pachas, disons-le. Mais c'était aussi un grand coup de balai dans nos habitudes, des repères sur lesquels on était d'autant plus crispés qu'on manquait de sommeil et qu'on était stressés par ces mois d'installation. Une présence indispensable mais aussi parfois pesante, une entorse à notre intimité. Et j'imagine de son côté, l'angoisse de s'installer chez des inconnus, de trouver sa place dans une maison qu'on n'a pas choisie, avec des règles de fonctionnement propres à cette famille et souvent étonnantes, des exigences difficiles à mesurer au début... Pas simple. On a passé quelques semaines à se jauger.

Et puis on s'est habitués, on a fait connaissance, on a pris nos marques. On est tombés sur quelqu'un de bien. En très peu de temps, elle a compris ce qu'on attendait, elle a pris de plus en plus de responsabilités. Elle ne nous demande plus ce qu'on veut manger. C'est elle qui décide, elle s'organise, et c'est très bien comme ça. Le bébé l'adore. C'est cool.

Posté par pekinoscope à 14:56 - Commentaires [0] - Permalien [#]