En arrivant à Hong Kong, j'ai dû changer de banque. Ou plus précisément ouvrir un compte en banque supplémentaire, en plus du français. En fait deux comptes de plus, car dans ma nouvelle banque, il me faut un compte français et un compte hongkongais pour pouvoir faire des virements entre les deux. Bienvenue dans un monde où on jongle entre les comptes et les cartes bancaires, comme dans les pubs de l'aéroport. Vous savez: "votre banque, partout dans le monde". L'archétype de la jet-set, quoi.

Là on se dit la classe, mon agence bancaire sera au 1 Queen's Road Central et elle sera dessinée par Norman Foster. C'est-y pas pour ça qu'on est venus dans la capitale de la finance, pour avoir une banque qui casse des briques?

P1030208Et puis en fait, dans la vraie vie, mon agence se trouve à proximité de mon bureau (il y en a une tous les quinze mètres, plus que des pharmacies on dirait). Elle sent la naphtaline, avec de la grosse moquette beige. Les conseillers tapent sur des machines qui ressemblent à des minitels, derrière des comptoirs qui datent de Mathusalem. Et évidemment, ils n'ont jamais accès à mon dossier et je ne reçois jamais les courriers que paraît-ils ils m'envoient.

La banque est moderne, pourtant, ils ont plein de services en ligne ultra-sécurisés. Dans la vraie vie, ça veut dire que j'ai dû mémoriser deux nouveaux numéros de carte bancaire, et pour chaque compte, deux mots de passe pour le site internet plus un mot de passe pour le petit boîtier noir fourni, qui lui-même me donne un mot de passe à chaque fois que je me connecte (si, si). Remettez ça dans un contexte où vous venez de déménager au bout du monde, dormez par intervalles de deux heures, et découvrez un nouveau boulot. Ca vous donnera un peu une idée des fous rires qui m'ont prise quand j'ai dû mettre en place cette usine à gaz. Maintenant, ça va mieux, je suis reposée et j'ai à peu près compris comment ça marche. Mais quand ma conseillère m'a récemment envoyé un document via une plate-forme sécurisée, pour laquelle il fallait que je définisse un mot de passe supplémentaire, j'ai bien rigolé. Et j'ai envoyé un bon vieil email.

Et puis surtout, ce qui m'a scotchée, c'est de découvrir qu'ici, la banque ne délivre même pas de carte bancaire de type Visa ou Mastercard. Aux Etats-Unis j'avais appris la différence entre une carte de "débit", qui fonctionne à peu près comme une carte standard en France, et une carte de "crédit", où les fonds ne sont versés qu'à la fin du mois, ou à défaut empruntés à taux très fort. Mais ici la carte fournie par défaut n'est même pas une carte de débit. C'est un genre de carte de retrait, vous savez celle qu'on donne aux ados pour qu'ils puissent puiser sur leur compte personnel où il y a cent cinquante euros pour qu'ils puissent aller au ciné. Bon, OK, j'exagère: cette carte permet de payer dans la plupart des supermarchés, qui sont reliés à un réseau régional appelé EPS. Mais on ne peut pas payer un restaurant avec par exemple, et surtout on ne peut rien acheter sur Internet. Pratique. Pour cela, il faut donc une vraie carte de crédit.

Et là, comme aux Etats-Unis, je me suis retrouvée à demander à un conseiller incrédule ce que je pouvais faire exactement, avec ma carte: payer au supermarché ? sur Internet ? A crédit ? Avec mon propre argent ? Décidément je suis encore passée pour une allumée qui ne sait même pas ce que c'est qu'une carte bancaire.

En bref je m'attendais à un truc qui me donnerait un avant-goût de la sophistication et de l'internationalisation du secteur de la finance hongkongais. Et puis en fait non. C'est parfaitement local, comme ailleurs.