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Un cliché parmi les clichés de Hong Kong: il suffit de lever les yeux pour voir ce que Hong Kong partage avec Manhattan: des tours, qui semblent d'autant plus hautes qu'elles sont étroites et s'élèvent vers le ciel comme un paquet d'allumettes.

Ce n'est pas seulement une question esthétique. A Hong Kong il faut lever les yeux pour voir les choses. Mes premières incursions dans le quartier des affaires de Central ont été un cauchemar. A chaque coin de rue, impossible de traverser la rue, de contourner tel immeuble qui me barre le passage, de rejoindre un arrêt de bus. Jusqu'à ce que je prenne le réflexe de lever les yeux, et de repérer le labyrinthe d'escalators et de coursives qui passent d'une rue à l'autre. La circulation piétonne est renvoyée au premier étage, d'un centre commercial à l'autre.

Ailleurs on circule au rez de chaussée, dans des rues animées, remplies de boutiques de tout et de rien et de fast-foods qui sentent les boulettes de poisson. Mais là non plus, on ne voit pas tout. Il faut s'attarder sur les portes étroites qui donnent accès aux étages, pour lire sur le coin du mur la liste des commerces. Aux premiers, deuxième, troisième, des restaurants. Au septième, un réparateur de violons. Au huitième, une boutique de vins fins. Au seizième, un cabinet médical. Les annuaires sont indispensables. Le bouche-à-oreille encore plus. La boutique de puériculture où j'achète presque tout pour mon fils se trouve au dixième étage. Je viens d'identifier un opticien au vingt-et-unième étage d'un immeuble tout crasseux, dont l'ascenseur ne pourrait pas prendre plus de trois personnes à la fois.

D'étage en étage, la ville s'effeuille, et à chaque fois que s'ouvrent les portes de l'ascenseur, un monde différent se laisse entrevoir, d'autant plus mystérieux que les portes se referment vite. Cela a le don de stimuler l'imagination et je ne peux m'empêcher de regarder ces dizaines d'étages empilés tout autour de moi en me demandant comben de villes parallèles se cachent là-haut, dans des étages insoupçonnés.

On peut sans doute dire de toutes les villes qu'elles ont beaucoup de facettes, et qu'on n'en découvre que quelques unes selon son style de vie. Mais à Hong Kong, la superposition de cultures, de communautés, de langues, de gastronomies, de réseaux de distribution, de marchés, qui peuvent fonctionner indépendamment les uns des autres au sein même des immeubles est simplement stupéfiante. Je reste fascinée par cet endroit.