Drôle d'impression, DC. C'est une sorte de bulle hors du monde, même Time le dit.

Quand je suis arrivée, ma proprio était contente parce que j'allais rester longtemps (huit mois de location, une éternité!) Il faut dire que la ville est remplie de stagiaires, d'étudiants, de professeurs en échange pour un semestre, d'experts temporaires et de travailleurs en route vers un avenir plus prometteur.

Ici j'ai rencontré des tas de gens incroyables. Des diplomates, des militaires haut gradés, des professeurs réputés, des étudiants fortunés, des experts surpayés, des experts souspayés, des touristes qui font un tour des Etats-Unis, des expats d'il y a six mois et puis des expats d'il y a vingt ans. Des communistes qui ont fini par se résoudre à faire du fric. Et puis aussi des militants des droits de l'homme dans les pays du Tiers-Monde et les Pays Autoritaires et les Pays-où-les-droits-de-la-femme-sont bafoués et puis Ceux-où-la-liberté-de-l'information-est-bafouée (mais pas de Occupy DC car eux il faudrait quand même qu'ils pensent à trouver un travail). La plupart des livres que j'ai achetés sont dédicacés. Et il y a même des gens de la Maison Blanche qui m'ont répondu au téléphone.

Et puis j'ai aussi pas mal travaillé. Une flopée de nouvelles publications. Un projet de recherche peaufiné de chez peaufiné. Plein d'idées pour d'autres projets de recherche possiblement plus rentables, mais vachement moins rigolos. Des conférences en veux-tu en voilà. Un nouveau fil Twitter avec 87 followers, même des gens que je ne connais pas (et c'est pas des spams !). J'ai même donné des cours dans l'école qui a diplômé Bill Clinton. Bref maintenant que j'y pense, c'était quand même assez intense.

Mais tout ça dans une atmosphère duvetée. C'est quand même hors du monde. Je garde la sensation d'avoir vécu comme si j'étais Truman dans The Truman Show. Où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Et "comment allez-vous aujourd'hui?" Où j'ai l'impression d'être un extra-terrestre parce que je ne vais pas à la messe tous les dimanches. Et où je m'autocensure pour ne pas dire aux gens ce que je pense de la clim réglée à 18 degrés. Ne parlons même pas de la guerre en Irak. Ce serait tellement rabat-joie.

Allez, maintenant allons occuper Paris en attendant de trouver un travail.